La carte du réel

La science nous a doté de cartes pour représenter le réel, très pratiques pour explorer – au moins intellectuellement – ce qui nous entoure. Les cartes astronomiques sont, à mon sens, une expression inspirante de l’exploration scientifique. Dans les années 1920, nos cartes astronomiques portaient à 100 000 années-lumière. En 2017, l’univers connaissable s’étend jusqu’à 93 milliards d’année-lumière. Les cartes astronomiques nous apprennent que dans sa révolution autour du soleil, notre planète parcourt 29,78 kilomètres par seconde, soit 107.000 kilomètres par heure en moyenne. Pas moins de 2,6 millions de kilomètres par jour. À 80 ans, un être humain aura parcouru 75 000 millions de kilomètres, propulsé par ce vaisseau qui est la planète Terre, entre vitesses fulgurantes et espaces si infinis que l’esprit peine à se les représenter. Et c’est tout l’intérêt d’une carte que de pouvoir donner des repères lorsque les représentations échappent à l’entendement.

Les télescopes spatiaux scrutent les confins de l’univers. Les microscopes nanoscopiques scrutent les confins de la matière. Existera-t-il un Hubble de l’exploration intérieure ? Si la science repousse sans cesse les limites de l’exploration « extérieure », l’exploration « intérieure » est le terrain d’autres chercheurs : les psychanalystes.La psychanalyse est une méthode d’exploration du psychisme humain à des fins thérapeutiques ; elle a été inventée au 19ème siècle par S. Freud et développée par d’autres psychanalystes dont C.G. Jung au 20ème siècle. Il faut une dizaine d’années pour valider un cursus de psychanalyste. Dans son livre, “L’âme et la vie”, C.G. Jung semblait considérer que la vérité psychanalytique se situe ailleurs.

C’est à un voyage que nous convie C.G. Jung, un voyage sans carte, sans autre boussole que le coeur… C’est dire si l’explorateur de l’intériorité manque de représentations consensuelles et tout aussi accessibles que les cartes astronomiques ou anatomiques…

Les psychanalystes sont-ils les premiers européens à avoir exploré le psychisme ? Probablement pas, mais ils sont les seuls dont les travaux soient exotériques – les écoles ésotériques étant réservées à certaines castes sociales. L’étude du cosmos extérieur/intérieur était, jusqu’aux Lumières, placée sous la coupe du pouvoir religieux. Galileo Galilei condamné, Giordano Bruno exécuté pour avoir défendu l’héliocentrisme : au XVIIème siècle, il ne faisait pas bon avoir des idées différentes du dogme religieux. Et avant la censure de l’Église ?

Les druides ont disparu aux environs du V° siècle après JC et ils étaient, sans doute, les lointains héritiers des chamans néolithiques qui officiaient dans les cromlechs de Carnac ou de Stonehenge, quelques 4500 ans avant notre ère. Je suppose également que la pratique de la transe faisait partie des modes d’investigation du réel par les chamanes. Malheureusement, nous n’avons pas hérité de leurs « techniques d’exploration intérieure », faute de transmission traditionnelle jusqu’à nos jours. L’européen est donc culturellement démuni dès lors qu’il s’agit de pratiquer l’exploration intérieure. Heureusement, d’autres cultures ont su préserver ces pratiques. Parmi elles, le voyage chamanique est intéressant à connaître pour l’explorateur de l’intériorité : le tout premier travail du chamane est de créer sa propre cosmologie, sa propre carte du réel.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *